À plus de soixante ans, quand beaucoup pensent à se reposer, Monsieur Hubert pense à l’avenir. Bénéficiaire du projet d’agro écologie de la Caritas Kongolo, cet habitant du village Kilembwe, dans la Paroisse de Makutano, a fait un choix qui change tout : investir dans des cultures qui durent.
Les mains marquées par des décennies de travail de la terre, le regard serein de celui qui sait où il va. Monsieur Hubert n’est plus un jeune homme. Dans le village de Kilembwe, tout le monde le connaît. On connaît son courage, mais aussi sa lucidité.
Il y a quelques années, cultiver était devenu une inquiétude. « Chaque saison, il faut recommencer. Défricher, labourer, semer… Le corps se fatigue », confiait-il.
C’est alors qu’il croise le projet d’agro écologie de la Caritas Kongolo. Il ne s’agit pas seulement de distribuer des semences, mais d’apprendre à penser autrement sa terre, à penser à long terme. La formation lui ouvre les yeux sur les cultures pérennes et durables.
Aujourd’hui, sur sa parcelle, le changement se voit. Fièrement entretenus, 50 ares d’ananas associés à des palmiers s’étendent. Ce ne sont pas des cultures d’une saison. Ce sont des cultures d’une vie. Des cultures qu’on plante une fois et qui nourrissent pendant des années. Des cultures qui protègent le sol au lieu de l’épuiser.
Monsieur Hubert a tout compris. L’ananas et le palmier, il les a appris du projet, mais c’est sa sagesse qui leur donne tout leur sens.
« Vu mon âge, je serai incapable de cultiver chaque année. Avec les cultures pérennes, je vais récolter et avoir de quoi vivre dans ma vieillesse », témoigne-t-il, un sourire aux lèvres.
Une phrase simple qui résume toute la philosophie du projet : l’autonomie, la dignité, la prévoyance.
Là où d’autres voient la vieillesse comme une vulnérabilité, Monsieur Hubert l’a transformée en une stratégie. Sa parcelle n’est plus un champ de labeur annuel, c’est sa caisse de retraite. C’est sa sécurité alimentaire. C’est son héritage vivant qui continuera de produire même quand ses forces diminueront.
À Kilembwe, sa parcelle est devenue une école à ciel ouvert. Les jeunes viennent voir. Les voisins questionnent. Il ne cultive plus seulement des ananas, il cultive de l’espoir et montre qu’il est possible de vieillir dignement grâce à la terre, quand on l’écoute et qu’on la respecte.
Monsieur Hubert n’a pas seulement préparé son champ. Il a préparé sa passion avec la terre.
Crispin N.
